Billet invité.
Le coup de théâtre est qu’ils n’y sont pas parvenus ! Au terme d’une longue réunion de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker n’a eu dans la nuit que des généralités à annoncer, chacun étant
resté campé sur ses positions, avec la clé l’inévitable commission de travail.
Principal responsable, la BCE, qui a refusé de manger son chapeau et a fait obstacle à tout avancée. La seule issue est, selon elle, de financer sur fonds publics européens, via le Fonds de
stabilisation financière, le rachat par la Grèce de ses propres obligations, afin de diminuer le poids de sa dette. Il serait consenti un prêt dans des conditions avantageuses, l’aléa
moral passé aux pertes et profits.
Pesant de tout son poids pour obtenir satisfaction, la banque centrale a précisé que non seulement elle n’accepterait pas comme collatéral des obligations grecques, si le
pays faisait un défaut ne serait-ce que partiel, mais a également qu’elle ne reprendrait en aucun cas son programme d’achat obligataire sur le second marché.
Ce matin, les bourses dévissent et les valeurs financières chutent, la crise financière prend des proportions jamais atteintes. Tout devient possible puisque rien n’est certain. C’est la
dégringolade, Wall Street et Tokyo en subissent le contre-coup.
L’enjeu de la crise est d’une grande clarté : il faut que les Etats prennent en charge le sauvetage de la Grèce, oublions les banques, et au premier rang d’entre elles la BCE. Il n’y a pas de
plan B : les conséquences de la crise du système financier doivent être assumées sur fonds publics.
Une interview donnée par Christine Lagarde à quinze agences de presse, dans ses nouvelles fonctions de directrice générale du FMI, est de bout en bout un morceau d’anthologie, la langue de bois
ne parvenant même plus à être articulée. Refusant d’entrer dans le débat sur ce que le FMI considérerait ou non être un défaut ou un événement de crédit, Christine Lagarde a refusé de qualifier
le rôle que jouaient les agences de notation, tout en réaffirmant, pour s’en tenir là : « elles jouent un rôle » ! Considérant, à propos d’un nouveau plan de sauvetage de la
Grèce, que « rien ne doit être considéré comme acquis », elle a expliqué à propos de la Grèce que celle-ci devait en « faire plus », avec cette phrase admirable à propos des
discussions européennes en cours : « C’est un travail en cours, un chantier qui avance, et ce qui en sortira sera certainement discuté davantage à mesure que le travail est
accompli ».
Enfin, à propos des banques et de leur capacité à faire face à une restructuration de la dette grecque, elle a trouvé comme réponse : « Je ne pense pas qu’il y ait de lien entre les
deux. Les tests de résistance arrivent en fin de semaine. Attendons d’avoir les tests de résistance pour essayer d’évaluer quelle est la force, la solidité relative par rapport à des pertes
potentielles. Je ne tire pas de conclusion à ce stade ». Pour mémoire, les tests ne prennent pas en compte l’exposition à la dette souveraine.
Pendant la crise, les travaux continuent. Un groupe de travail a été constitué afin de poursuivre les discussions de l’Eurogroupe, donnant l’occasion à Jan Kees, le ministre néerlandais, de
lancer à la volée, à propos d’un défaut grec partiel, « cette option n’est désormais plus exclue. » Toutes les hypothèses reviennent régulièrement sur le tapis, pour être ensuite
écartées, cela s’appelle tourner en rond.
Au vu de l’intensité des attaques spéculatives et des ventes d’actifs précipitées qui sont enregistrées, combien de jours les autorités européennes en charge vont-elles pouvoir le faire ?
Nicolas Sarkozy est en Afghanistan et Angela Merkel se tait. Jean-Claude Trichet contemple la scène et prépare la BCE à limiter les dégâts, pour ensuite jouer les sauveurs, Christine Lagarde
aurait mieux fait de se taire, mais elle ne le pouvait pas.
Quel spectacle !
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