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9. L’auto-désarmement de l’Europe
face à la crise du capitalisme.
L’urgence économique, l’urgence sociale, l’urgence écologique, l’urgence démocratique, l’urgence géopolitique, toutes commandent à l’Europe de rompre avec la logique mortifère
du capitalisme et du néolibéralisme, cela au moment même où, de Maastricht à la réélection de Barroso et en passant deux fois par Lisbonne – sa stratégie et son traité - il s’y
vautre.
Mais il
se trouve aussi que ce modèle, que l’on veut à toute force nous imposer en dépit du vote de notre peuple en 2005, est aussi le plus éloigné des cultures comme de l’histoire politique des nations
de l’Europe continentale, et plus encore de la culture républicaine de la France. Il faut s’interroger sur les raisons qui ont conduit à ce qu’une logique aussi contradictoire avec le mouvement
de l’histoire sociale et politique de l’Europe, ait néanmoins pu s’y installer avec autant de facilité.
C’est
que la puissance potentielle que représentait la constitution d’une union politique a été désamorcée par la déviation de sa dynamique dans le primat de « concurrence libre et non faussée
».
L’Europe est ainsi désarmée pour affronter la crise du capitalisme : elle l’est institutionnellement par des traités anéantissant la possibilité d’une
puissance politique européenne et démocratique.
L’Union
Européenne aurait dû constituer un outil pour sortir de la crise des années 1970 par le haut, c’est-à-dire par des politiques économiques coordonnées, par le progrès social et la réorientation du
développement vers un modèle écologique soutenable à long terme.
A la
puissance potentielle qu’aurait représentée la construction d’une Europe politique s’est substituée la mise en place d’une zone de libre-échange. Les Traités successifs ont non seulement enfermé
l’Europe dans un
fonctionnement antidémocratique mais accentué son évolution néolibérale.
Dès
l’origine, le Traité de Rome (1957) inscrivait la construction européenne dans le cadre de l’économie de marché.
Avec
l’Acte unique européen (1986) un saut a été franchi. Ce traité a engagé la mise en oeuvre du marché unique, instauré le primat du droit de la concurrence, fixé le cap des directives de
libéralisation des services publics.
Dès
lors, le projet européen, s’est mué en instrument des politiques néolibérales, en institution de la guerre économique. Ce traité, comme ceux qui l’ont suivi (Maastricht en 1992, Amsterdam en
1997, Nice en 2000, Lisbonne actuellement) verrouillent toute possibilité d’utiliser
l’UE comme outil pour mener des politiques économiques coordonnées, pour donner la priorité au progrès social et pour réorienter le développement vers un modèle écologique
soutenable à long terme.
Constituer une puissance économique et politique
et promouvoir un autre modèle aurait supposé a
minima que, simultanément à la création de la monnaie
unique, soient aussi institués :
Ø un authentique
contrôle démocratique des politiques européennes,
Ø des instruments de
politiques publiques à la hauteur de ceux dont disposent les autres grandes puissances,
Ø l’harmonisation
vers le haut des règles fiscales et des normes sociales, sans laquelle la libre concurrence pousse inéluctablement à l’alignement sur le moins disant fiscal et social.
Rien de tout cela n’a seulement été ébauché. Tout au contraire, dans les années 1990, c’est la conception néolibérale de l’Europe qui s’est imposée,
avec son corrélat géopolitique : l’allégeance à l’Otan et l’alignement ou la
passivité face à la pulsion hégémonique des États-Unis.
Dans la même période, le dogme du contrôle et de la limitation des flux migratoires a dominé les politiques migratoires de l’Europe
forteresse. Les conséquences
des politiques sécuritaires à
l’oeuvre sont désastreuses : décès aux portes de l’Europe dans l’indifférence internationale, remises en cause des droits de l’homme, régressions de l’application du droit
d’asile, multiplication des logiques d’enfermement sans droits, etc. Il en résulte une suspicion permanente à l’encontre des migrants dits « réguliers » ou « légaux », une recrudescence des
violences racistes qui alimentent
les montées de mouvements d’extrême droite et communautariste.
L’idéologie sécuritaire stigmatisante à l’encontre des migrants est de l’eau au moulin pour les tenants du choc des civilisations en faisant progresser le fantasme de l’Europe
assiégée.
Enfin, la victoire du projet néolibéral s’est pleinement réalisée avec l’élargissement de l’Union aux pays
de l’Europe de l’Est, sans approfondissement préalable de la démocratie européenne et sans
mobilisation des moyens financiers et juridiques d’une convergence de l’Est vers les standards salariaux et sociaux de l’Ouest. En élargissant
l’Union à une douzaine de pays aspirant à rejoindre l’Otan et pressés d’accéder aux niveaux de vie occidentaux à grands coups de déréglementations et de privatisations,
on a repoussé pour longtemps toute possibilité d’un consensus pour une Europe démocratique, sociale et
écologique.
Le projet d’une Europe politique de la paix et du progrès social s’est ainsi dilué dans une simple zone de libre-échange.
Le projet d’une Europe puissance a été dissout dans une Union qui, de par ses traités, s’interdit d’user des instruments d’intervention publique
pourtant employés par les autres puissances.
Tel est
aujourd’hui le projet européen – en réalité anti-européen – auquel on a tenté de donner la valeur symbolique d’une « constitution » dans le second traité de Rome, rejeté par les français et les
néerlandais en 2005.
Mais, bien résolus à passer outre la volonté des peuples, avec le secours actif
de Nicolas Sarkozy, les néolibéraux soutenus par l’essentiel de la gauche européenne ont lancé la ratification du traité de Lisbonne, copie conforme du précédent, et, à son
tour, rejeté par les Irlandais.
Dans un déni de démocratie inouï, les gouvernements européens ont acculé les Irlandais à dire « oui » à ce traité qu’ils avaient rejeté. La cause est entendue
: les gouvernements européens ont définitivement résolu de faire « leur » Europe – celle des marchands et du profit – contre la
volonté des peuples au risque de discréditer davantage la possibilité d’émergence d’une véritable Europe politique.
Face à
la crise actuelle du capitalisme, forts d’un rapport des forces qu’ils croient favorable et du renoncement d’une partie de la vieille gauche européenne à proposer une autre voie, ceux
quiaujourd’hui gouvernent l’Europe n’ont aucune intention de sortir des impasses où leur système nous a conduits.
Celles-là même que l’on vient d’analyser. L’effondrement de ce système les contraint à des mesures d’urgence pour en colmater les brèches et à afficher un discours
interventionniste. Il tranche, momentanément, avec leurs discours d’hier sur les vertus des marchés à s’auto réguler.
Mais,
face à la légitime colère des peuples, leur conception de la sortie de crise vise uniquement à sauver le capitalisme et non à préserver les peuples
de ses effets, encore moins à les prémunir de ses méfaits. Ils entendent « réformer », « refonder » ou encore « moraliser » le capitalisme ; bref, sauver la maladie plutôt que les malades
!
En association avec toutes les forces organisées pour une visée authentiquement de gauche, le Parti de Gauche veut contribuer à élaborer un projet alternatif à une société de marché pilotée
par les exigences de l’accumulation du capital.
Une part essentielle
de l’inspiration qui guide l’élaboration de ce projet est directement issue de la critique du capitalisme, du libéralisme et du modèle productiviste.
Le Parti de gauche n’est pas un parti uniquement «protestataire » ; c’est un parti qui veut gouverner.
C’est pourquoi, il entend offrir un projet qui constitue un débouché politique crédible et réalisable à la légitime protestation contre un modèle qui est
inefficace, insoutenable, injuste et inhumain.
Cela fait maintenant
plus de deux siècles que le capitalisme s’est installé dans nos sociétés et presque autant de temps que le mouvement ouvrier lui résiste et fait front.
Le socialisme, dans
toute sa diversité, en a politiquement porté la parole ; elle est celle des opprimés et des exploités, de tous quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent.
Lutte, solidarité
et internationalisme sont ainsi ses maître-mots.
Nous sommes
héritiers de cette histoire, de cette volonté de lutte et de ce projet de transformation de la société. Face à l’emprise
sans précédent que la mondialisation libérale a permis au capital et à son ordre globalitaire d’établir sur nos vies, cette histoire a quelque peu ralenti son cours.
Nous sommes les
porteurs d’un espoir qu’il nous appartient de faire renaître et d’une transformation qu’il faudra accomplir.
… C’est le projet
que nous proposons.
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